À propos

Simone Prouvé

Née en 1931 à Nancy
Vit et travaille à romainville (France)

En savoir plus

À propos

Simone Prouvé

Née en 1931 à Nancy
Vit et travaille à romainville (France)

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Simone Prouvé s’est formée aux techniques de tissage à Paris, en Suède et en Finlande. Elle côtoie dès son plus jeune âge les architectes et designers qui ont opéré la révolution moderniste et travaille avec eux sur de nombreux chantiers.

Simone Prouvé est dyslexique sans le savoir. Pour elle, l’école, c’est l’horreur. Bonne en mathématiques, douée en dessin, les fautes d’orthographe dans les autres matières la laissent à la dernière place. Sa timidité l’isole, elle s’évade alors dans « la couture sous la table » et gagne son argent de poche en tricotant chaussettes et gants en jacquard pour les amis de ses parents.

Sa mère, Madeleine, a l’intuition que le tissage lui plaira. Micheline Pingusson, femme de l’architecte Georges-Henri, lui enseigne le b.a.-ba. D’autres stages suivent. Elle crée des figurines en ficelle de papier et habille à la main ces caricatures de personnages entrevus dans la capitale. Chaque semaine, elle retrouve son père, Jean, et ses relations dans leurs ateliers, dans un bistro, et parfois dans des boîtes de jazz ou au cabaret.

Elle ne parle pas mais écoute et comprend sa chance de les côtoyer : Bernard Zehrfuss, Paul Herbé, Jean Le Couteur, Steph Simon, Calder, Gisèle et Pierre Pinsard, Claude Viseux, François Stahly, Charlotte Perriand, Pierre Jeanneret, Michel Bataille… Lors de l’exposition de ses figurines à la galerie Dina Vierny, elle rencontre César, son premier client.

Bien tendre les fils de chaîne sur 160 centimètres de largeur lui pose problème. Elle part alors en 1953 se perfectionner et tisser en Suède puis en Finlande. En confiance auprès des tisserandes Alice Lund et Dora Jung, deux femmes passionnantes, elle s’imprègne de nouvelles techniques, de leurs cultures, perd sa timidité et rencontre des artistes et architectes : la bijoutière Viviana Torun, des amis de Martha Villiger, Aulis Blomstedt et son épouse Heidi Sibelius. Sa passion pour la photographie naît en Scandinavie. Après un détour par la Laponie et la Norvège, elle débarque à Anvers où l’attend sa famille.

Simone reprend sa carrière de licière sans plus penser à la technique qu’elle maîtrise maintenant. Sans le remarquer, elle tisse aussi des liens avec les relations de son père et avec les stagiaires architectes, ce qui la conduit à travailler pour l’architecture sans avoir étudié l’architecture. Pour les banquettes de Charlotte Perriand, elle réalise les premiers métrages au standard du Modulor – Essai sur une mesure harmonique à l’échelle humaine, applicable universellement à l’architecture et à la mécanique – de Le Corbusier, qui furent exposés en mars 1956 à l’ouverture de la galerie Steph Simon à Paris.

Après avoir créé des métrages de tissus d’ameublement pour des magasins à Nancy, Paris ou Bruxelles, elle reçoit en 1958 une commande de l’architecte Dominique Louis – un ami de son frère aux Beaux-Arts de Nancy – pour une grande tapisserie à suspendre, à laquelle elle applique les techniques apprises en Suède. C’est avec lui, équipée d’un agrandisseur en bois de marque Imperator, qu’elle apprend à développer les photos. Un appareil Leica autour du cou, elle s’évade alors dans les friches industrielles près de Nancy.

Démarre en 1963 un travail d’équipe avec son compagnon et futur mari, l’artiste André Schlosser, qui apporte une grande créativité dans le choix des couleurs et dessine les cartons qu’elle interprète librement. En près de vingt-cinq ans de collaboration ils créent une quarantaine de réalisations pour les architectes Shadrach Woods, Maurice Silvy, Bernard Zehrfuss, Charlotte Perriand, Annie Tribel, Robert Rebutato, l’AUA, Reiko Hayama, Yves Moignet, Richard Dubrulle, Bernard Taillefer, Jean-Louis Lotiron, Jean Deroche… dont des tapisseries géantes. La plus grande, un ouvrage hors norme de 250 mètres carrés, est entièrement exécutée à la main par Simone. La charge de travail est intense, la création à deux provoque des frustrations puis la séparation.

En 1990, à 60 ans, Simone se lance dans l'exploration des fils dits non feu, dont font partie les fils souples d'inox et d'autres métaux, et les aramides. Ces dernières sont des fibres thermostables qui possèdent de bonnes propriétés mécaniques. Enthousiaste, elle renoue avec la recherche des matériaux, montre et explique aux industriels ce qu’il faudrait améliorer. De nouveaux architectes découvrent ses créations, sa maîtrise unique de ces fils « non-feu » : Reiko Hayama, Rainer Senn, Claude Parent, Christian de Portzamparc, Odile Decq - qu’elle conseille pour le tissage industriel d’inox intégré dans les façades du Macro, Musée d’art moderne de Rome - ou encore l’artiste Dominique Gonzalez-Foerster. Sans répit, elle tisse, expose, photographie.

L’histoire de l'inox

En fil, en plat d’inox, en rond d’inox ...
Matériau incombustible (M0) ; fibre métallique (textile chauffant, vêtements antistatiques, isolation…)

Les premiers essais de tissage en fils d’inox remontent au début des années 90 ; la recherche sur cette fibre a duré deux années. L’inox ne bouge pas, ne s’altère pas et est recyclable. Les fibres d’inox réunissent à elles seules des propriétés techniques exceptionnelles et très compatibles avec les besoins en architecture : durabilité - pas d’érosion, pas de corrosion ou très peu – forte résistance à l’acide, coefficient de dilatation similaire à celui du verre, résistance au feu, filtration importante des rayons du soleil tout en conservant une bonne transmission lumineuse – ces deux propriétés antagonistes sont à combiner par une densité adéquate du tissage. Ces fibres robustes et solides sont, de plus, entièrement recyclables et réutilisables après refonte.

En 1997, Claude Parent commande trois tapisseries pour la galerie commerciale Myslbeck à Prague. Simone fait écho aux grands carrés dessinés par Claude Parent pour le hall d’entrée, les éclate et réalise trois tapisseries carrées en fil d’inox de 3,60 m de côté, chacune montée en cadre devant un rétro éclairage. En 2004, sous ses conseils techniques de licière, ce sont des milliers de mètres carrés de tissage industriel qui ont été produits pour le Musée d’art contemporain de Rome, le MACRo, à Rome, en partenariat avec l’architecte Odile Decq.

Photographie

par Simone Prouvé (sauf mention contraire)